Le portrait est un prétexte, un point de départ pour construire une peinture picturale au sens plein du terme
Paradoxalement, l'approche proprement picturale d'un portrait est troublée par les visages. Les effacer permet alors de voir la peinture
Ma période des portraits s'est construite à partir d'une fréquentation intense de Rembrandt et Velázquez. Ce qui m’attire chez Rembrandt, c'est notamment sa façon de déguiser ses modèles — costumes, bijoux, incrustations, matières brillantes, cristaux, armures, or, glace, étoiles. Autant d'éléments qui ouvrent le tableau sur une dimension presque onirique, arctique, minérale.
Mais dans mes portraits, le visage, lui, est délibérément effacé ou rendu imprécis. Un visage trop reconnaissable ferait basculer l'œuvre dans la reproduction, or ce n'est pas ce que je recherche. Je veux interpréter... et le pastiche est une forme d'interprétation, c'est ce qui est recherché ici. Plus fondamentalement, un visage trop lisible capte toute l'attention et empêche le regard de s'intéresser à ce qui fait vraiment la peinture : les rapports de formes, les relations entre les couleurs, l'équilibre plastique de l'ensemble.
Le visage devient alors un prétexte — un point de départ pour construire une peinture picturale au sens plein du terme. L'effacer partiellement, c'est libérer l'imagination du spectateur, lui permettre de tisser sa propre narration, distincte de celle du peintre. Ce parti pris peut surprendre, voire choquer — mais ce n'est pas l'objectif. Il s'agit simplement de rester fidèle à une exigence : que la peinture soit d'abord de la peinture.





